Passer au contenu
13
Article précédent Article suivant

Art & résistance

L’art comme catalyseur de révolte et d’appartenance collective

Au fil des années, la culture a été de moins en moins financée par les autorités. Des programmes ont dû fermer, les prix des tickets ont dû grimper juste pour couvrir les coûts internes, l’IA s’en mêle et force est de constater que l’art est de moins en moins valorisé par le gouvernement. Pourtant, la culture est un élément essentiel du vivre-ensemble en société ; l’art est un véhicule de points de vue, où un artiste nous laisse entrevoir sa perspective sur le monde que nous partageons. L’art ne se contente pas de refléter la société : il agit comme un véritable moteur de transformation. À travers lui, les luttes contemporaines prennent forme, se diffusent et rassemblent.

 

La résistance culturelle repose sur cette capacité de la création artistique à transmettre des idées subversives, à sensibiliser et à créer un sentiment d’appartenance à une cause commune. Elle s’exprime dans une grande diversité de formats : des chansons engagées dénonçant l’inaction climatique aux œuvres de street art qui transforment l’espace public en lieu d’expression militante.

 

En offrant un recul essentiel, la culture nous aide à repenser notre rapport au monde et à mieux agir sur le réel. Ce faisant, l’art en lui-même devient résistance dans un monde de censure. Faire valoir son point de vue et sa voix dans un contexte de répression est une lutte en soi.

 

Le pouvoir des récits : imaginer pour transformer

L’une des forces majeures de l’art réside dans son pouvoir d’activer l’imaginaire, là où les discours politiques ou scientifiques atteignent parfois leurs limites.

 

Comme le souligne Sabrina Parent, chercheuse à l’ULB, nos actions sont profondément liées à nos valeurs. Or, la crise environnementale nous pousse précisément à interroger ces fondements, tant individuels que collectifs.

 

La fiction joue ici un rôle clé. À travers des récits qui projettent d’autres futurs (comme le roman d’Annie Lulu imaginant une société en 2050), l’art rend tangible ce qui semble aujourd’hui impensable. Il ouvre ainsi un espace de projection et de possibilité. La fiction est importante car elle ne peut pas être dissociée de la réalité. Ce que l’on lit sur une page ou regarde sur un écran n’existe pas sans dialoguer avec ce qui se passe en dehors. C’est ce dialogue qui communique avec l’audience et remet en question nos pensées.

 

Cette capacité à nourrir la confiance et à rendre le changement envisageable constitue un levier essentiel pour l’engagement citoyen.


L’émotion et la compréhension : toucher pour mobiliser

L’art engagé fonctionne par une alliance singulière entre réflexion et émotion.

 

Le récit permet de mieux comprendre le monde ; comme le suggère Paul Ricoeur : « raconter plus, c’est expliquer mieux ». Mais il agit surtout sur nos émotions, souvent déterminantes dans le passage à l’action.

 

Un exemple emblématique est celui du film Les Dents de la mer : sa bande sonore a marqué les esprits au point d’influencer concrètement les comportements, provoquant une peur durable des plages.

 

Un autre exemple frappant est celui récent du film la voix d’Hind Rajab, racontant l’histoire de cette petite fille palestinienne dont les appels de détresse à la Croix-Rouge avant sa mort ont fait le tour du monde. Il est légitime de se demander si filmer une telle histoire si tôt après qu’elle soit arrivée relève d’une volonté d’argent et de sensations, voire d’instrumentalisation d’une tragédie encore en cours. Pourtant, la réalisatrice Kaouther ben Hania soutient que ce film est son moyen de résistance. Elle met en avant la voix de cette fillette, lui donne de l’importance au-delà de sa mort et en fait un symbole en plus de la propager à plus grande échelle. James Connolly disait qu’une révolution n’est pas complète sans son expression artistique. Si l’on admet que la résistance peut arriver à plusieurs niveaux, il faut également noter que celle des artistes passe par leur art.

 

C’est précisément cette force émotionnelle que le projet de recherche NICLAC analyse aujourd’hui, en étudiant comment les récits (qu’ils soient cinématographiques ou issus de l’expérience personnelle) nourrissent l’engagement, notamment dans les luttes climatiques.

 

Vers une convergence des savoirs

Pour que la culture devienne un véritable outil de transformation, elle doit s’inscrire dans une approche transdisciplinaire. L’enjeu : faire dialoguer savoirs artistiques (iiTSE) et vision sociologique. Cette idée est centrale : les transitions écologiques nécessitent un changement profond de nos représentations et de nos manières de penser.

 

L’art y joue un rôle clé. À la fois outil d’éducation, de sensibilisation et de remise en question, il permet de dépasser les logiques politiques de court terme pour s’inscrire dans une vision durable. La force et la malédiction de l’art est qu’il dépasse l’artiste : à partir du moment où il est partagé, c’est au tour de l’audience de se l’approprier et c’est cet aspect qui le fait durer dans le temps.

 

Dans cette perspective, la culture rejoint une conviction forte : comme l’affirmait Nelson Mandela, l’éducation est l’arme la plus puissante pour changer le monde. Et, chaque jour, elle nous offre la possibilité d’agir (à notre échelle) pour transformer la société.