Un panneau arraché, une route bloquée, de la peinture rouge projetée sur une vitrine. Des corps allongés sur le bitume, des voix qui s'enrouent dans des mégaphones. Ces images sont devenues familières, presque banales, et pourtant, elles continuent de diviser profondément. Pour certains, ce sont des actes de courage, des cris d'alarme lancés face à l'inaction. Pour d'autres, des provocations inutiles, des dérives qui desservent les causes qu'elles prétendent défendre. Derrière chaque geste de résistance se cache une question fondamentale, aussi vieille que la politique elle-même : jusqu'où est-on prêt·e à aller pour défendre ce en quoi on croit ?
Ce numéro de Prisme ne prétend pas y répondre. Il choisit plutôt de l'explorer dans toute sa complexité, parce que la résistance n'est jamais un geste simple, ni une évidence morale. Résister, c'est d'abord refuser : refuser l'indifférence, l'inaction, un ordre du monde qu'on juge intenable. Mais ce refus prend des formes radicalement différentes selon les individus, les contextes, les convictions. Entre la pétition signée en ligne, la manifestation encadrée, le boycott discret et l'action directe qui frôle l'illégalité, il existe un spectre immense d'engagements et autant de débats sur ce qui est légitime, efficace, ou simplement juste. L'histoire nous rappelle que cette question n'est pas neuve. Ce que les un·es ont appelé résistance, d'autres l'ont qualifié de terrorisme. Ce que les manuels scolaires célèbrent aujourd'hui comme du courage, les contemporains de l'époque le condamnaient parfois comme du désordre.
Aujourd'hui, la question revient avec une acuité particulière. Les voies ordinaires de la démocratie : voter, pétitionner et manifester semblent à beaucoup insuffisantes face à l'ampleur des enjeux. Alors, certain·es choisissent d'autres chemins : bloquer, perturber, désobéir. D'autres, au contraire, choisissent la douceur comme arme : un coup de pédale dans une ville qui appartient encore aux voitures, une chanson, une fresque, un récit de fiction qui réinvente les possibles. Car la résistance ne passe pas toujours par la confrontation. Elle s'exprime aussi dans la pratique quotidienne, dans le choix discret de vivre autrement, de prendre sa place dans l'espace public, de refuser la résignation.
De la piste cyclable bruxelloise aux procès d'activistes, du street art aux récits qui réinventent nos futurs, de la violence politique dans l'histoire à la désobéissance civile aujourd'hui, nos auteur·rices explorent les multiples visages de l'engagement. Non pour trancher, non pour distribuer des bons et des mauvais points, mais pour redonner de l'épaisseur à des questions que l'on réduit trop souvent à des slogans. Car derrière chaque forme de résistance se cache une conviction commune : qu'une autre manière d'habiter le monde est encore possible.
Dossier créé entièrement par les étudiant.es Prisme : Assia Cherfouh, Ema Le Godec, Camille Houyoux, Lucía Cortés Díez, Martin Lecomte et Mayssa Saafi.
Cover by Mohamed El Boudakhani.
Sur base de l'exertise de XXXX