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Evolution des mobilisations, de l'Antiquité à nos jours

De l’Egypte antique aux réseaux sociaux, Jean Vogel – maitre de conférence en Faculté de Philosophie et Sciences sociales de l’ULB - évoque la grande histoire des mobilisations devenues citoyennes.

Dès l’Antiquité, le(s) Homme(s) se sont rassemblés pour protester contre ce qu’ils jugeaient injuste. Cela s’est bien évidemment poursuivi au Moyen-Âge, où habitants des villes et des campagnes n’hésitaient pas à faire entendre leur mécontentement.   

Cela dit, il ne s’agissait pas encore vraiment de mobilisation citoyenne. En effet, pour que celle-ci ait lieu, il faut des citoyens. Or, sans Cité, il n’y en a pas. Les manifestations de l’Egypte antique et des campagnes médiévales n’étaient donc pas ce que nous appelons aujourd’hui une révolte citoyenne.   

En rue 

C’est avec la Révolution française que le terme citoyen prend sa valeur actuelle. Première révolution de l’histoire à réussir, son héritage est immense et a servi d’inspiration à d’autres, dans des pays différents. C’est également la première révolution à greffer l’idée de citoyenneté aux mobilisations. Celles-ci étaient déjà pluri-séculaires et gagnent un nouveau sens avec cet évènement. 

Si la ferveur reste et traverse les époques, la manière dont elle s’exprime change. Les mobilisations citoyennes s’articulent autour de trois éléments : l’objet, le sujet et le mode de fonctionnement. Tous varient inexorablement avec le temps et les objets de lutte. Les mobilisations du XIXème siècle ne sont en rien semblables à celle du XXIème, tout comme les citoyens ont changé en deux siècles.  

Dans les cafés 

Les premières mobilisations civiles, au XIXème, sont principalement politiques et menées par des hommes - les seuls à avoir le droit de vote à l’époque. Elles sont organisées dans les cafés, où les idées s’échangent et les actions peuvent être coordonnées. Plus tard, avec la question de l’ouverture du droit de vote à tous, le sujet change et les femmes deviennent impliquées dans les mobilisations. Cela a un impact direct sur les objets qui deviennent plus vastes et touchent une plus grande partie de la population.  

Tombant quelques années en désuétude, c’est dans les années 1980 que ce que nous appelons aujourd’hui « mobilisation citoyenne » gagne son sens contemporain. Les tensions au sein du Bloc de l’Est, le refus de l’hyper-politisation suivant Mai 68 ou encore les grandes causes universelles défendues à l’époque sont autant d’éléments qui expliquent la résurgence du terme. Il y a également un changement majeur dans le sujet puisqu’il s’agit maintenant de personnes issues de la société civile. Ce ne sont plus des militants, experts de l’action politique, qui se saisissent des objets de débats mais bien des messieurs et mesdames Tout-le-monde. Cela change également la structure de ces mouvements, qui ne sont plus juste des pyramides hiérarchiques mais des mouvements plus horizontaux ouverts au dialogue entre les membres.  

Sur internet 

Cela est encore plus visible aujourd’hui avec les réseaux sociaux. Il suffit maintenant de taper quelques mots-clés sur Instagram pour supporter sa cause favorite et chacun peut être le leader de sa mobilisation.